Changer de syndic de copropriété : ce que vous avez vraiment le droit de faire, et comment

mai 8, 2026

Votre syndic ne répond plus aux emails, les charges augmentent sans explication et les travaux votés en assemblée n’avancent pas. Ce sentiment d’impuissance face à une gestion défaillante est partagé par des millions de copropriétaires en France, et pourtant la loi leur donne des leviers concrets pour agir. Changer de syndic est une démarche encadrée, réaliste, et souvent moins compliquée qu’on ne le croit, à condition de suivre le bon chemin.

Pourquoi changer, et à quel moment ?

Il existe deux situations distinctes. La plus simple est le non-renouvellement du mandat en fin de contrat : le mandat d’un syndic professionnel est limité à trois ans maximum (article 28 du décret du 17 mars 1967). Si les copropriétaires ne souhaitent pas le reconduire, il suffit de ne pas voter sa reconduction lors de l’assemblée générale annuelle et de lui opposer une candidature alternative.

La seconde situation est plus délicate : la révocation en cours de mandat. Elle est légalement possible, mais elle nécessite la convocation d’une assemblée générale extraordinaire. Cette convocation peut être demandée soit par le conseil syndical, soit par des copropriétaires représentant au moins un quart des voix totales. La révocation n’exige pas de motif légalement qualifié, mais dans les faits, elle est d’autant plus solide qu’elle repose sur des griefs documentés : courriers restés sans réponse, travaux votés non exécutés, comptes non présentés dans les délais.

La mise en concurrence, une obligation souvent négligée

Depuis la loi ALUR du 24 mars 2014, le conseil syndical a l’obligation de soumettre à l’assemblée générale au moins un projet de contrat alternatif au moment du renouvellement du mandat. Cette mise en concurrence n’est pas une simple formalité : elle conditionne la validité du processus et permet aux copropriétaires de comparer honnêtement les candidatures.

En pratique, il vaut mieux solliciter deux ou trois devis suffisamment tôt. Six à huit semaines avant l’assemblée générale est un minimum raisonnable. Chaque offre doit inclure le contrat-type de syndic, la fiche d’information standardisée (rendue obligatoire par le décret du 26 mars 2015) et un détail des honoraires de base et des prestations particulières. C’est souvent à ce stade que les copropriétaires réalisent à quel point les tarifs peuvent varier d’un cabinet à l’autre, parfois du simple au double pour des prestations équivalentes.

La procédure en assemblée générale

Inscrire le point à l’ordre du jour

Tout copropriétaire peut demander l’inscription d’une résolution à l’ordre du jour. Cette demande doit être adressée au syndic en place par lettre recommandée avec accusé de réception, au minimum 21 jours avant la date de l’assemblée. Il faut joindre à cette demande les projets de contrat des candidats pressentis ainsi que leur fiche d’information standardisée. Sans ces documents, l’assemblée ne peut pas valablement se prononcer.

Le syndic sortant, même s’il n’est pas enthousiaste à l’idée de quitter son poste, est juridiquement tenu d’inscrire cette résolution. Un refus de sa part constituerait une faute caractérisée.

Le vote et ses règles

Le changement de syndic se vote à la majorité absolue de l’article 25 de la loi du 10 juillet 1965, c’est-à-dire la majorité des voix de l’ensemble des copropriétaires, qu’ils soient présents, représentés ou absents. Cette règle est plus contraignante que la majorité simple, qui ne compte que les voix des présents et représentés.

Si aucun candidat n’atteint cette majorité absolue mais que l’un d’eux a recueilli au moins un tiers des voix, l’article 25-1 permet d’organiser immédiatement un second vote à la majorité simple. Si ce second tour n’est pas davantage concluant, une nouvelle assemblée générale doit être convoquée dans les trois mois. Dans ce cas, il vaut mieux retravailler en amont la communication auprès des copropriétaires absents ou peu mobilisés, car les procurations bien utilisées peuvent faire basculer un vote.

La passation entre syndics : un mois pour tout remettre

Une fois le nouveau syndic élu, le procès-verbal de l’assemblée générale vaut preuve légale de sa prise de fonction. La copropriété ne peut juridiquement pas rester sans syndic : le nouveau mandat prend effet immédiatement après le vote.

Le syndic sortant dispose alors d’un délai d’un mois pour transmettre l’intégralité des archives, des fonds, des documents comptables et des accès numériques à son successeur. Ce délai est fixé par l’article 18-2 de la loi du 10 juillet 1965. En cas de retard ou de rétention d’informations, le nouveau syndic peut mettre en demeure son prédécesseur et, si nécessaire, saisir le tribunal judiciaire.

Sur ce point, l’expérience de terrain montre que la qualité de la passation dépend beaucoup de l’état dans lequel le syndic sortant a tenu les archives. Un cabinet organisé transmet un dossier complet en quelques jours, là où d’autres prennent les quatre semaines réglementaires pour rassembler des documents épars. C’est une information utile à anticiper, surtout si des travaux importants sont en cours ou si des contentieux sont ouverts au moment du changement.

Et si la copropriété n’a plus de syndic du tout ?

Il arrive, dans des résidences en difficulté, que plus aucun syndic ne se présente ou que la copropriété soit dans l’impossibilité d’en élire un. Dans ce cas, n’importe quel copropriétaire peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour demander la désignation d’un administrateur provisoire (article 47 du décret du 17 mars 1967). C’est une procédure d’urgence, peu coûteuse, qui permet de débloquer rapidement la situation sans attendre une nouvelle assemblée générale qui ne se tiendrait peut-être jamais.

Article Ognard Immobilier

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