Acheter une partie commune en copropriété : le guide pour ne pas se tromper

mai 3, 2026

Un couloir inutilisé devant votre appartement, une cave commune dont vous êtes le seul à vous servir, une terrasse attenante à votre logement que vous souhaiteriez intégrer à votre surface : l’idée d’acheter une partie commune séduit beaucoup de copropriétaires. C’est possible, mais la procédure est encadrée de façon stricte et mobilise l’ensemble de la copropriété, même pour quelques mètres carrés. Voici comment cela fonctionne, étape par étape.

Ce que la loi permet et ce qu’elle interdit

Le fondement légal de l’achat d’une partie commune se trouve à l’article 26 de la loi du 10 juillet 1965, qui confère à l’assemblée générale le pouvoir souverain d’autoriser la cession d’éléments appartenant au syndicat des copropriétaires. La vente est donc possible, mais elle n’appartient pas au copropriétaire demandeur de la décider seul : c’est l’ensemble de la communauté qui en est maître.

Une limite absolue s’impose : la partie commune dont vous souhaitez faire l’acquisition ne doit pas être nécessaire à la destination de l’immeuble. Vouloir racheter le hall d’entrée principal ou la cage d’escalier commune est juridiquement impossible, car leur disparition du patrimoine commun porterait atteinte à la structure même de la copropriété. En revanche, un recoin de couloir, une portion de cour, un local technique désaffecté ou une terrasse accessible uniquement depuis votre logement peuvent, sous conditions, faire l’objet d’une cession.

La première démarche : convaincre le syndic

Tout commence par un courrier recommandé avec accusé de réception adressé au syndic, dans lequel vous exposez clairement votre souhait et décrivez la partie commune visée. Le syndic n’a pas le pouvoir de vous répondre favorablement ou défavorablement de sa propre initiative : son rôle est d’inscrire votre demande à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale, ou de convoquer une assemblée extraordinaire si le délai est trop long.

Pour que le vote puisse intervenir dans de bonnes conditions, votre demande doit être accompagnée d’un dossier solide. Cela implique une description précise de la partie commune concernée, un projet de résolution rédigé en bonne et due forme avec indication de la clé de répartition et de la majorité applicable, un projet de modificatif du règlement de copropriété et de l’état descriptif de division, et une proposition de prix. Ces documents doivent être joints à la convocation envoyée aux copropriétaires, sous peine de nullité du vote.

Le prix : qui décide et sur quelle base

La fixation du prix est souvent la partie la plus délicate de la négociation. Le syndicat des copropriétaires peut mandater un expert immobilier ou un géomètre pour évaluer la valeur de la partie commune à céder. En pratique, le prix doit refléter la valeur marchande réelle des mètres carrés concernés, en tenant compte de leur état, de leur usage possible et de leur situation dans l’immeuble.

Deux scénarios sont fréquents : le copropriétaire proposait un prix dans sa demande initiale, que l’assemblée peut accepter, rejeter ou renégocier ; ou le prix est fixé directement lors du vote. Dans tous les cas, le produit de la vente revient au syndicat des copropriétaires, et est redistribué entre tous les copropriétaires proportionnellement à leurs tantièmes. Ce point est fondamental : vous ne payez pas vos voisins individuellement, vous payez le syndicat, qui redistribue ensuite.

Le vote en assemblée générale : une majorité exigeante

C’est le passage obligé, et il n’est pas de tout repos. La cession d’une partie commune se vote à la majorité dite de l’article 26, c’est-à-dire la double majorité : il faut recueillir l’accord de plus de la moitié des copropriétaires en nombre, représentant au moins les deux tiers des voix en tantièmes. Pour illustrer concrètement : dans une copropriété de dix propriétaires totalisant 1 000 tantièmes, il faut au minimum six votes favorables représentant au moins 667 tantièmes. Les deux conditions sont cumulatives, pas alternatives.

Si la cession porte atteinte à la destination de l’immeuble, même partiellement, c’est l’unanimité qui s’impose. Cette règle de l’unanimité est d’application stricte, et elle peut bloquer définitivement un projet pourtant raisonnable si un seul copropriétaire s’y oppose.

Le cas des parties communes spéciales

Certaines parties communes n’appartiennent pas à l’ensemble des copropriétaires, mais seulement à ceux d’un bâtiment ou d’un étage déterminé. Ce sont les parties communes spéciales, visées à l’article 6-2 de la loi de 1965. Leur cession ne peut être votée que par les copropriétaires concernés, soit lors d’une assemblée spéciale, soit lors de l’assemblée générale ordinaire en n’ouvrant le vote qu’aux seuls copropriétaires auxquels ces parties sont affectées. Le produit de la vente leur revient également exclusivement.

La modification du règlement de copropriété : une étape incontournable

Une fois le vote favorable obtenu, l’opération n’est pas terminée. La cession d’une partie commune modifie nécessairement la répartition des tantièmes, puisque les mètres carrés cédés quittent les parties communes pour intégrer le lot privatif de l’acquéreur. Il faut donc modifier le règlement de copropriété et l’état descriptif de division, ce qui requiert l’intervention d’un notaire et d’un géomètre-expert.

En pratique, ces deux actes sont souvent regroupés en un seul acte notarié, pour des raisons d’efficacité et de coût. Le notaire rédige le modificatif du règlement de copropriété et l’acte de vente simultanément, puis procède à leur publication au service de la publicité foncière. Cette double publication est obligatoire pour que l’opération soit opposable aux tiers et à tout futur acquéreur des lots concernés.


FAQ

Comment puis-je acheter une partie commune d’une copropriété ?

En adressant une demande écrite au syndic par lettre recommandée, accompagnée d’un dossier décrivant la partie visée, votre projet d’usage, et une proposition de prix. Le syndic inscrit la demande à l’ordre du jour de l’assemblée générale, qui vote à la majorité de l’article 26 de la loi du 10 juillet 1965. En cas de vote favorable, un notaire formalise la vente et modifie le règlement de copropriété.

Comment racheter une partie commune d’une copropriété ?

La procédure est identique qu’il s’agisse d’un premier achat ou d’un rachat : demande au syndic, dossier complet joint à la convocation, vote en assemblée générale à la double majorité de l’article 26, puis acte notarié modificatif du règlement de copropriété et de l’état descriptif de division. Aucune voie abrégée n’existe pour contourner ce circuit.

Quelles sont les étapes pour une résolution d’achat d’une partie commune ?

La résolution soumise au vote doit comporter plusieurs éléments obligatoires : l’identification précise de la partie commune concernée, le prix de cession proposé et sa répartition entre copropriétaires, le projet de modification de l’état descriptif de division avec les nouveaux tantièmes, et la désignation du notaire chargé de l’acte. L’absence de l’un de ces éléments dans la convocation peut entraîner la nullité du vote et obliger à recommencer l’ensemble de la procédure.

Quelles sont les conditions de l’usucapion d’une partie commune d’une copropriété ?

L’usucapion, aussi appelée prescription acquisitive, est la possibilité d’acquérir la propriété d’un bien par une possession prolongée, continue et non équivoque. En théorie, elle est applicable aux parties communes : un copropriétaire qui justifie d’une possession trentenaire (30 ans) d’une partie commune, de manière paisible, publique et à titre de propriétaire, peut en demander la propriété judiciaire. Mais en pratique, les tribunaux sont extrêmement réticents à admettre l’usucapion en copropriété, car la possession d’une partie commune par un copropriétaire est le plus souvent interprétée comme une tolérance de fait ou un usage préférentiel, et non comme une possession à titre de propriétaire au sens de l’article 2261 du Code civil. Cette voie reste donc très aléatoire, et la procédure d’achat par vote en assemblée générale reste de loin la seule voie fiable.

Article Ognard Immobilier

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