Vis-à-vis entre voisins : ce que la loi autorise et ce que vous pouvez exiger

mai 7, 2026

Une fenêtre qui donne directement dans votre jardin, une terrasse surélevée qui plonge sur votre salon, ou un voisin qui vous observe depuis sa véranda : les problèmes de vis-à-vis sont parmi les plus fréquents en droit du voisinage. Ils touchent à l’intimité, à la jouissance de son bien, et parfois à sa valeur à la revente. Le Code civil encadre précisément ces situations, mais ses règles sont souvent mal connues. Voici ce qu’elles disent, et ce que vous pouvez faire quand elles ne sont pas respectées.

La distinction fondamentale : vue droite ou vue oblique

Tout repose sur une distinction que le Code civil établit clairement à l’article 678 : la vue droite, aussi appelée vue directe, est celle qui s’exerce en regardant perpendiculairement depuis une ouverture, sans avoir à tourner la tête. La vue oblique, à l’inverse, nécessite de se pencher ou de tourner la tête pour voir chez le voisin. Cette différence peut paraître anodine, mais elle conditionne entièrement les distances légales à respecter.

Pour une vue droite, l’article 678 du Code civil impose une distance minimale de 1,90 mètre entre le mur portant l’ouverture et la limite séparative de la propriété voisine. Pour une vue oblique, l’article 679 ramène cette distance à 0,60 mètre. Ces mesures se calculent depuis le bord extérieur du tableau de la fenêtre jusqu’à la limite de propriété, et non depuis le mur lui-même.

Ce que ces règles s’appliquent et ce qu’elles ne couvrent pas

Les articles 678 et 679 du Code civil s’appliquent aux ouvertures pratiquées dans un mur non mitoyen, c’est-à-dire dans un mur qui appartient exclusivement au propriétaire qui l’a construit. Si le mur est mitoyen, la règle est encore plus stricte : aucune vue, ni droite ni oblique, ne peut être ouverte sans l’accord de l’autre copropriétaire du mur.

En revanche, ces distances légales ne s’appliquent pas aux jours de souffrance, qui sont de petites ouvertures fixes et garnies d’un verre dormant ne permettant pas de voir, mais laissant passer la lumière. Un jour de souffrance ne donne pas de vue et peut être pratiqué sans respecter de distance minimale, sous réserve d’être placé en verre translucide, non transparent, et à une hauteur minimale de 2,60 mètres depuis le sol du rez-de-chaussée ou de 1,90 mètre depuis le plancher des étages, conformément à l’article 677 du Code civil.

Les terrasses et balcons : un point souvent mal compris

Les fenêtres ne sont pas les seules sources de vis-à-vis. Les terrasses, balcons et loggias génèrent des problèmes au moins aussi fréquents, parfois plus difficiles à résoudre. La jurisprudence applique les mêmes distances que pour les vues directes : un balcon ou une terrasse permettant une vue droite sur la propriété voisine doit être situé à au moins 1,90 mètre de la limite séparative, mesuré depuis le bord extérieur de la balustrade ou du muret.

Une terrasse de plain-pied, au niveau du sol, est généralement traitée différemment car elle ne crée pas de vue surplombante. Mais une terrasse surélevée, même légèrement, peut créer une vue directe que le voisin est en droit de contester si la distance n’est pas respectée. Ces situations sont très fréquentes dans les maisons récemment rénovées ou dans les projets d’extension, où l’ajout d’une terrasse côté jardin n’a pas fait l’objet d’une vérification préalable des distances légales.

Les PLU peuvent aller plus loin

Le Plan Local d’Urbanisme de votre commune peut imposer des distances plus importantes que celles prévues par le Code civil. Certaines communes exigent par exemple 3 mètres de recul pour toute ouverture donnant sur un terrain voisin, ou imposent des règles spécifiques en matière de hauteur des ouvertures. Ces règles s’ajoutent à celles du Code civil sans les remplacer : les deux s’appliquent simultanément, et c’est la règle la plus restrictive qui prévaut.

Quand les distances ne sont pas respectées : vos recours

Si une ouverture a été pratiquée en méconnaissance des distances légales, vous disposez de recours précis. Le premier est la mise en demeure par courrier recommandé avec accusé de réception, dans laquelle vous exposez les violations constatées en vous référant explicitement aux articles 678 et 679 du Code civil et en demandant la suppression ou la modification de l’ouverture litigieuse.

Si cette démarche amiable reste sans réponse ou se heurte à un refus, la saisine du Tribunal judiciaire permet d’obtenir la fermeture ou la modification de l’ouverture, sous astreinte. La prescription de l’action en suppression d’une vue non conforme est de trente ans à compter de l’ouverture litigieuse, en application de l’article 2224 du Code civil. Ce délai long signifie qu’une vue irrégulière ouverte depuis vingt-cinq ans peut encore être contestée légalement, mais il signifie aussi qu’une ouverture ancienne non contestée depuis plus de trente ans ne peut plus l’être.

Un constat dressé par un commissaire de justice constitue la preuve la plus solide pour documenter la violation : il mesure précisément les distances, photographie les lieux et consigne les faits de manière objectivement opposable.

La servitude de vue : quand le vis-à-vis est légalement accepté

Il est possible que le vis-à-vis soit parfaitement légal non pas parce que les distances sont respectées, mais parce qu’une servitude de vue a été établie sur votre propriété. Une servitude de vue est un droit accordé à un propriétaire voisin de conserver une ouverture qui ne respecte pas les distances légales, en contrepartie d’une indemnité ou gratuitement selon ce que les parties ont convenu.

Cette servitude peut résulter d’un accord conventionnel entre les deux propriétaires, publié au service de la publicité foncière par acte notarié. Elle peut aussi naître de la prescription trentenaire si la vue a été exercée de manière continue et non équivoque pendant trente ans sans protestation. Et elle peut résulter d’un acte de division, quand un propriétaire a vendu une partie de son terrain en laissant subsister des ouvertures qui ne respectent pas les distances vis-à-vis du lot cédé : dans ce cas, la jurisprudence considère que la servitude a été tacitement constituée au moment de la division.

Avant d’agir contre une vue irrégulière, il vaut donc la peine de vérifier si une servitude de vue n’a pas été constituée à titre conventionnel ou acquise par prescription. Cette vérification passe par la lecture des titres de propriété et, si nécessaire, par une consultation notariale.

Ce que le vis-à-vis change à la vente

Un bien soumis à un vis-à-vis important, qu’il soit légal ou non, peut voir sa valeur affectée, notamment pour les logements avec jardin ou terrasse dans les zones pavillonnaires. Les acheteurs y sont sensibles, et les agents immobiliers le savent : une terrasse exposée au regard direct d’un voisin sur trois côtés se vend moins bien et moins vite qu’un espace extérieur préservé. À l’inverse, un bien qui bénéficie d’une vue dégagée sur une propriété voisine grâce à une servitude de vue régulièrement établie dispose d’un atout patrimonial réel, à condition que cette servitude soit correctement publiée et transmissible à l’acquéreur.

Article Ognard Immobilier

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